Comment Bretoncelles se bat contre la désertification

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     Sur fond de désertifications des centres-villes des petites communes rurales dénonçant le manque de moyens pour (re)faire surface, un maire, David Lambert, a décidé de prendre le problème autrement à Bretoncelles, en Eure et Loire, son objectif: “voir plus loin”. Sa solution: racheter d’anciens locaux de commerces et aider les futurs entrepreneurs à faire revivre le centre-ville de Bretoncelles. Ce mode d’action “pro-actif” selon le maire s’est étalé sur plusieurs projets à destination des habitants. En effet, le maire a fait renaitre de ses cendres un marché de proximité, une boucherie; une halle aux marchés et une station communale se sont aussi érigées pendant son mandat.

  Tout commence lorsque David Lambert, ancien boulanger de Bretoncelles est conseiller municipal entre 2008 et 2014. Face au manque d’épicerie local, le maire de l’époque, Patrick Pinloche, s’engage à trouver un repreneur à la supérette qui était alors un “fond de commerce” “mal géré”. Il est joint par Ahmed Oussibla qui propose de reprendre l’épicerie après avoir tenté d’engager des mairies des communes aux alentours pour un projet similaire. Ahmed Oussibla pose alors ses conditions: la Mairie doit l’aider à agrandir le local. Après plus de 12 ans d’existence, cette petite épicerie est devenue une véritable supérette “marchant très bien” attirant même d’autres maires pour voir comment le projet a été mené à bien sur la commune de Bretoncelles dans le but de le réaliser dans leurs communes d’après le commerçant. La mairie a fait une “opération blanche” (une opération sans profits) pour remettre à flot l’épicerie. Cette opération est un véritable succès dont le maire actuel David Lambert va s’inspirer pour ses actions lors de son mandat entre 2014 et 2020.


Ahmed Oussibla, conseiller municipal et commerçantAhmed Oussibla, city councillor and shop owner

     Après ce succès pour Ahmed Oussibla, il décide de s’engager comme conseiller municipal auprès de David Lambert. Il sera notamment président de la commission économique et commerciale de la mairie de Bretoncelles. Ahmed Oussibla et le Maire vont ensemble répliquer ce qu’ils ont déjà fait avec la supérette sur d’autres commerces de proximité comme la Boucherie mais aussi l’épicerie bio, “Aux Petits Fours”. Le Maire de Bretoncelles souhaitant pallier au manque de commerce bio local, tout profitant de la nouvelle “mouvance” de la consommation, monta le projet. Pour y arriver, le maire se repose sur des “gens solides” avant tout, mais aussi qualifiés et motivés, lui s’occupe du financement et des locaux. En tant que maire, il est capable de demander des subventions mais aussi des prêts à taux beaucoup plus intéressants que pour une simple entreprise. L’idée derrière un tel engagement de la mairie n’est pas de faire des profits mais de penser au “long terme”. Le but était aussi de développer une attraction pour les personnes qui n’étaient pas habituées à se rendre sur la commune grâce à ce nouveau commerce, peu commun dans les autres communes de la région.

David Lambert, maire de Bretoncelles, 2014-2020David Lambert, Bretoncelles' mayor from 2014 to 2020
"Aux Petits Fours", l'épicerie bio locale"Aux Petits Fours", the local organic shop


La stratégie du “long-terme”


     Le long terme est ce que reproche principalement David Lambert à ses prédécesseur au poste de maire mais aussi aux anciens gérants des commerces. Par exemple, pour “aux petits fours”, l’épicerie bio locale, la mairie a mis plus de 200 000€ sur la table pour la commune, le maire souhaite l’amortir sur plus de 15 ans avec les loyers. Toujours en voulant éviter le “besoin immédiat” de nouveaux services, David Lambert, toujours accompagné de son conseiller municipal et commerçant Ahmed Oussibla applique sa stratégie lors de la création de la station service communale. Lorsque les deux stations services des deux garages ferment à cause de leur non-conformité aux normes début 2014, le maire refuse d’aider les garagistes, jugeant qu’il pensaient trop au “court terme”. Le maire, toujours dans l’esprit de “voir plus loin” face à ce manque qui provoque un “grand émoi” auprès des habitants ( sans station service dans la commune, les habitants de Bretoncelles sont obligés de faire plus de 15km vers la commune voisine ) décide de crée sa propre station communale. L’objectif d’un tel investissement était avant tout de “ramener de l’activité” dans la commune, notamment avec des opérations prix coutant, une fois par mois. À l’inverse des autres opérations blanches de la commune pour aider les entrepreneurs, la station service rapporte elle entre 12 et 15 000€ par an à la mairie, une somme considérable qui retourne en partie dans le budget de la commune qui servira à d’autres projets. Bien plus qu’une simple station service, le maire la considère comme un véritable “produit d’appel” pour attirer des habitants d’autres communes sur le centre-ville commercial de Bretoncelles, la station service communale est devenu un “outil” très concret. 


La station communale de BretoncellesThe city owned gas station


Combattre la réduction des services publics


     Autre territoire de conquête pour David Lambert et son équipe, les services publics. Tout en faisant face aux problèmes de désertification commerciale du centre ville de Bretoncelles, David Lambert a alors été contacté par les services sur premier ministre via la préfecture pour devenir un “territoire d’expérimentation” de “Service Public +”, aujourd’hui nommé “Maison France Service” pour pallier au manque de services publics dans les villes et villages ruraux. Le Principe, former les employés municipaux aux services administratifs comme ceux de l’Intérieur par exemple, l’exemple type du maire est le poste procuré par la Mairie à un demandeur d’emploi. On retrouve aussi les services de la Poste, l’agence locale a fermé ses portes fin Février 2019 après une baisse de la fréquentation de plus de 11% en 2018. Ainsi, La Poste et la commune se sont associés pour ouvrir une agence postale communale au sein même de la Mairie où 90% des services de La Poste sont repris par les employés municipaux. Le bâtiment lugubre de l’ancienne agence postale au bord de la D918 sera quand à lui repris pour devenir une maison d’assistantes maternelle dont le début des travaux sont imminents. 


L'ancienne agence postaleThe old post office
L'accueil de la "Maison France Services +" au sein de la mairieThe reception of the "Maison France Services +" inside the town hall

     Cerise sur le gâteau, le maire David Lambert a baissé les impôts fonciers après s’être engagé en 2014 à arrêter leur hausse. Historiquement haut à Bretoncelles, ces baisses représentent un peu plus de 20 000€ d’économies pour les propriétaires dans la commune. Le nombre d’habitants à quant à lui augmenté de 250, représentant une augmentation de 15% tout au long de son mandat. 

“Faut se donner les moyens” 


     Le maire “pro-actif” n’est cependant pas d’accord avec les analyses des maires se disants “délaissés”, ces derniers accusent le sommet de l’Etat de ne pas les aider. Face à cet état d’esprit, David Lambert prend ses distances, il ne faut pas que “subir”, selon le maire, il faut prendre son engagement en main et malgré les services publics “en réduction” ou les difficultés quotidiennes de la vie de maire, se donner les moyens de réussir. Cette analyse est partagée par son conseiller municipal Ahmed Oussibla, “faut frapper à la porte de l’Etat, il y a des subventions”, “faut se donner les moyens” rétorque le conseiller municipal. Face a l’expression de “maire pionner”, David Lambert réfute ce terme, “c’est un grand mot” mais il avoue cependant avoir un “état d’esprit différent”. En une dizaine d’année, David Lambert, successivement conseiller à la vie économique et commerciale de Bretoncelles et Maire de la commune a réalisé un gain de plus de 250 habitants dans la ville. Une nouvelle classe a été ouverte, la commune accueille désormais plus de 180 élèves contre 140 en 2014. Réel espoir d’attractivité pour la petite commune de Bretoncelles qui arrive à se démarquer des communes voisines du Perche, parc national de l’Orne. Malgré 6 ans d’efforts sans relâche pour développer la vie économique et commerciale de Bretoncelles, David Lambert ne briguera pas un autre mandat, n’étant pas certain de pouvoir délivrer un “engagement total“ pendant encore 6 années. Son successeur, promet lui de faire Bretoncelles un centre de l’intercommunalité, un second acte dans la renaissance de Bretoncelles.


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